Bruxelles bruxellera by night

Si Brel doit se définir face à la complexité belge, il choisit d'être un 'flamand francophone'. Et il est de Bruxelles. Pour lui, c'est une chose important. Une fois il dit que l'homme est sa géographie. C'est la place où on est né, où on vit pendant la jeunesse qui a une grande influence sur la personnalité, suivant Brel. C'est peut-être parce qu'il a essayé tellement à échapper cette géographie, qu'il le sens comme si déterminante. En tout cas, être 'flamand francophone à Bruxelles', c'est fort compliqué. On retourne encore aux difficultés linguistiques en Belgique. Mais je Vous guide à travers la ville de Bruxelles, ville en constante reconstruction, ville qui cherche par cette reconstruction sa vocation nationale et internationale. C'est la Bruxelles que Brel a connu et aimé. Mais à travers ce petit tour 'touristique' quelques grands changements dans la société deviennent apparents. Des changements qui ont influencé Brel et qui ont influencé la réception de sa musique par le grand public.

On commence par l'ancienne édifice de l'INR, Institut National pour la Radio (NIR, nationaal instituut voor de radio en néerlandais - c'est un institut unitaire avec une division néerlandophone et une division francophone) à la place Flagey à Ixelles. Après cinq ans de construction ouverte en 1938. Jacques a 10 ans à ce moment. Et la guerre est imminente. Donc c'est vraiment après la guerre que cette édifice a commencé sa vocation d'usine des rêves. De style moderniste, elle est surtout renommé par l'acoustique des studios. En 1953 -l'année où Brel lance définitivement sa carrière- c'est ici que la première émission de la télévision belge a lieu. Triste histoire pour le bâtiment... vite il est trop petit pour cette nouvelle réalité de la télévision, et il est laissé à l’abandon. Ce n'est pas dix années qu'il a de nouveau un futur. Et je peux Vous conseiller son café comme lieu de rencontre si jamais Vous passez à Bruxelles (j'ai tchaté déjà avec Vous à partir de ce bâtiment, le soir que j'étais aller écouter Isabelle Hupert).

Puis la gare centrale de Bruxelles, ouvert en 1952. Cérise à la tarte des grandes constructions qui ont presque détruit Bruxelles. C'est déjà avant la première guerre mondiale qu'on a commencé à creuser pour la 'jonction nord-midi' pour le chemin de fer. Des travaux qui ont duré et qui ont fait vraiment partir les anciens quartier. Ça se passe dans les villes, mais si on ne peut pas vraiment se décider sur la nouvelle ville, ça sont les cicatrices assurées qui s'inscrivent dans la mémoire collective. Par sa localisation, la gare centrale est vraiment le trait-d'union entre l'ancienne ville (Grande place) et la ville culturelle du 19me siècle, mais avec un peu de courage urbanistique elle aurait pu jouer son rôle avec plus de grandeur. En tout cas, je peux vous conseiller de monter par la galerie Ravenstein jusqu'au Palais des Beaux Arts. (Dans un texte inédit nommé 'Bruxelles', Brel parle de la jonction 'Il  y a la jonction comme un canal, qu'on aurait creusé à l'envers. Fait divers. Peu banal.)

Est-ce qu'on peut parler de la Bruxelles des années cinquante, sans parler de l'expo 58 (exposition mondiale)? Non, jusqu'à maintenant cette exposition marque pour la Belgique l'entrée glorieuse dans la vie moderne avec ses promesses technologiques. Vraiment par visiter cette exposition, les jeunes couples, les familles entrent ce nouveau monde. L'Atomium (le pendant belge de la tour Eiffel) symbolise à la fois les sciences atomiques (l'atomium c'est un atome de fer élargi xxxxx fois) et l'unité belge, construit de 9 sphères qui symbolisent les neufs provinces de la Belgique. J'ai choisi une photo de l'Atomium sous construction, mais où posent déjà les hôtesses qui vont présenter la Belgique au monde entier, et qui se présentent comme modernes et efficaces.

Je dois Vous montrer le centre Rogier, mieux connu comme la tour Martini... à cause du bar Martini qui se trouve au dernier étage. Ouverte en 1962, et que j'ai considéré vraiment comme un 'monstre urbanistique' jusqu'à un urbaniste m'a expliqué que c'est une des constructions la mieux réussite pour couvrir les cicatrices de la jonction nord-midi. C'est Le Corbusier enfin réussit, dit l'urbaniste, avec une certaine élégance dans la construction et surtout par sa conception multifonctionnelle. Et il ajoute volontairement que le bar Martini est aux années soixante vraiment le point de rencontre pour les artistes à rayonnement international, entre eux Jacques Brel comme leur roi. La tour Martini a disparu ça fait quelques années, pour un autre tour, dont tous les urbanistes sont d'accord qu'il est un désastre urbanistique, et qui ne peut même pas porter son nom avec fierté: 'la tour Dexia.'

 

Donc, pour finir ce petit tour de Bruxelles, retournons au lieu où tout a commencé pour Brel, la rue des Bouchers, à une centaine de mètres de la Grande Place. Quartier avec une histoire, mais durant années cinquante certainement le quartier bohémien de Bruxelles. D'anciennes rues, trop étroites pour le progrès qui s'annonce. C'est ici que les artistes débutants peuvent trouver une scène. Il n'est pas garanti que le public soit très attentif, mais en tout cas la convivialité y est assurée. Aujourd'hui la rue des Bouchers n'est plus ce lieu convivial. Elle s'est transformée en piège à touristes, où on paie trop pour un repas sans qualité.

Brel chante de Bruxelles, le plus explicite bien sûr dans la chanson qui porte son nom. À première écoute (et certainement aussi par la caractère vif de la musique), c'est une chanson plutôt mélancolique, une rêverie du temps passé, où Bruxelles bruxellait.... le temps de ses grand-parents... la vie sans souci... mais un peu vide aussi 'il pensait pas... elle pensait rien...'. Deux fois, le petit Jacques fait sont entrée dans la chanson, mais comme s'il se sentait un peu perdu (on peut entendre un contraste entre la musique gaie et les paroles...) Et en tout cas, à la fin, toute gaieté est perdue, la chanson termine comme un soufflé qui s'effondre quand on le sort du four.

J'ajoute  deux autres chansons qui chantent Bruxelles. La première est de Johan Verminnen, chanteur que je n'aime pas tellement. Mais sa chanson évoque la rue des Bouchers comme Brel l'a connue quand il faisait ses débuts. La chanson s’appelle 'In de rue de Boucher' (officiellement en flamand c'est 'Beenhouwersstraat', mais personne ne le dit). On parle le 'bruxellois flamand' dans cette chanson... Je ne traduis pas tout, mais on parle de la rue où il ne faut pas se gêner... et c'est la rue par excellence pour les artistes qui n'ont pas un sou. Je Vous montre la vidéo Youtube qui a vraiment réussi à coller à tous les clichés sur Bruxelles, et je crois que Vous comprendrez pourquoi on ne doit pas aller manger dans la rue des Bouchers.

L'autre chanson est 'Brussels by night' et est chantée par Raymond van het Groenewoud. Inspiré par cette chanson, Marc Didden a fait un film du même nom. En ce qui concerne le genre de la musique, Raymond est tout à fait différent de Jacques Brel. En ce qui concerne la valeur poétique des textes, Raymond est un successeur de Brel. De nouveau, je ne vais pas tout traduire. Les quelques mots en anglais ont déjà leur sens, d'une ville bilingue, Bruxelles devient une ville multilingue. Et en particulier pour une unique phrase, la chanson est inoubliable : 'Deze stad wil men helpen, maar dan liefst om zeep'. La subtilité est presque intraduisible, quelque chose comme 'On veut aider cette ville, mais surtout on veut l'aider à mourir.' Comme vidéo j'ai choisi celle d'un étudiant qui roule à bicyclette dans 'Brussels by night'.