De paysage en ville

Brel a vécu la vie d'un nomade. Il a quitté sa ville de naissance pour tenter sa chance à Paris. Pendant quinze années il a parcouru la France en tour de chant éternel. Ses années de succès l'ont ammené partout dans le monde. Et bien sûr il y a ses aventures transatlantiques à bord d'un yacht. Voyager, c'était la vie de Jacques. Il y a des traces de ces voyages dans ses chansons, des paysage et des villes qu'il a aspirer d'une grande intensité. Peut-être on trouve ici ses chansons qu'il chante avec le plus de passion.

Et cet homme, ce Flamand qui a provoqué tant les Flamands, a écrit la plus belle chanson sur la Flandre. Le plat pays qui est le sien et le mien. Je crois que chaque culture connaît ce genre que les allemands appèle les 'Heimatlieder'. Pour la plus part c'est un genre qui exagère en clichés romantisés encore plus que les chansons d'amour. Qui chante du 'pays qui est le sien' chante indéniablement une Heimatlied, mais 'Le plat pays' surpasse le genré, et par son poésie et par la façon magistrale avec laquelle la poésie se traduit en rythme et chanson. Comme Flamand, j'ai droit à parler. Ce que je déteste à mon pays, ça sont 'les ciels gris'. Les ciels gris sont une question de santé public: avec un peu plus de bleu dans les ciels, la consommation des antidépressants diminuera fortement dans notre région. N'est-ce pas génial de prendre ce 'point faible' d'un paysage et de le transformer en 'point fort' par la poésie et l'intensité de la voix? Autre image très fort: les cathédrales comme unique montagnes. Je dois dire, de moins que j'aime l'Eglise, de plus que j'aime les cathédrales, donc j'aime bien l'image. Bien sûr on à des cathédrales 'partout' en Europe, mais nulle part elles se transforment en montagnes que dans le plat pays. Gardez l'image de la cathédrale, il reviendra.

 

 

Paris, ville de lumière dans l'imagination, ville de misère pour la caravane des artistes qui y vivent et qui y passent en quête pour le succès ou la reconnaissance. Quête vaine pour la plupart d'entre eux, quête qu'aussi Brel a voulu abondonné un moment donné. Ville qu'il n'aime pas tellement, ou c'est ça qu' il dit au moins pour embrouiller les journalistes qui s'attendent plutot aux odes trop faciles. Les prénoms de Paris c'est l'ode qu'écrit Brel pour sa ville de souffrance qui deviendra sa ville de gloire encore. Même que Brel chante cette chanson pour la première fois en public quand sa période plus cynique à déjà commmencé, il montre qu'il n'a pas perdu l'art d'une simple chanson d'amour. Paris, ville où le temps suit les étapes d'amours... Le soleil qui se lève et caresse les toits (image que j'aime en tant que photographe et j'essaie en vaine de capturer.)... et mon coeur qui s'arrête sur ton coeur qui souirit... Et c'est Paris tout gris, dernier jour, dernière heure, première larme aussi... Et est-ce que son cri à la fin 'Paris je reviens', n'ai pas un acte de foi en l'amour, qui revient et qui gagne? L'extrait vient d'un show 'Domino' diffusé par la télévision néerlandaise. Je laisse le petit entr'acte parce qu'il récrée l'atmosphère de ce jour.

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Amsterdam, le port d'Amsterdam, où les marins chantent, dorment, meurent, naissent, boivent et reboivent... Est-ce qu'il faut dire plus? C'est un microcosme où un étrange mélange des vies se dépasse. Les 'chants des marins' ou 'les chants de ports' sont un sous-genre de ces maudites Heimatlieder, le plus souvent excellentes par leurs clichés... plus clichés encore. Dans un autre article je laisse chanter Bobbejaan Schoepen des 'lumières de l'Escaut', et vraiment, je ne vais pas ici ajouter à cette torture par Vous faire d'autres chansons dans ce genre. Ici ça sont les actes quotidiens qui parlent, et ça suffit... Ce n 'est pas un 'beau' monde que Brel crée ici... Ecoutez seulement les dernières phrases 'Se mouchent dans les étoiles, et il pissent comme je pleure sur les femmes infidèles'. Mais par le rythme et l'intensité de sa diction, Brel nous entraîne dans ce monde en effet trop banale et nous le fait accepter voire même l'aimer... Si Brel chante d'un paysage ou d'une ville, il les a vécu... Cette chanson est vraiment née dans les bars des marins en Amsterdam, mais ils ont du attendre le passage de ce Flamand francophone qui vit à ce moment en France avant que ce petit monde en soi est peint dans ces couleurs les plus authentiques.

Maints artistes on fait des 'covers' de Brel. On peut même dire que c'est l'industrie qui fait vivre 'la société Brel' jusqu'à nos jours. Si tous va bien, ces covers sont des 'copies conformes', trop souvent les traduction nient la subtilité de l'original et rares sont les artistes qui atteignent un minimum d'intensité. Quand je les trouves, je veux bien Vous faire écouter les exceptions. Parce que les exceptions font vraiment écouter d'une autre façon, elles ajoutent... Et le jeune David Bowie ajoute...

Liège, ville ardente, ville industrielle (dans l'époque de Brel, avant que la lourde industrie d'acier se deplace vers des pays plus bon marché), ville avec histoire, mais qui cherche depuis longtemps son coeur.  Au début des années soixante, Jacques fait connaissance de Jean-Pierre Grafé, jeune avocat à Liège. Quand Brel est en Belgique, il profite de l'occasion pour une nuit blanche, qui commence dans les restaurants et qui termine dans les bar striptease ou le night club local. C'est Jean-Pierre qui lui demande pourquoi il n'ecrit pas une chanson sur cette ville. La réponse de Jacques est atypique. La ville ardente, qui est pour Brel lieu de nuits bruyante, est dotée une chanson intime. 'Il neige sur Liège', simple rime, avec toute occasion de tirer le 'ei' de neige ou le iè de Liège. Ca donne une cadance très lente, que Brel utilise pleinement à peindre cette miniature impressioniste, où il ne se passe rien.

Et puisqu'on est en mode 'cover ça va', j'ajoute ce cover 'bizarre', ou plutôt une 'déconstruction' de la chanson. Plus que dans la chanson originale encore, il y a le rythme qui vraiment se disperse jusqu'à sa dispariton. C'est une version 'live' du club Arkaoda sur Istanbul. Les musiciens restent inconnus. Mais quand même, lors d'une visite à Istanbul, et si le poids de l'histoire devient trop lourd, peut-être, il merite une petite visite

La cathédrale, et voici l'image du 'Plat pays' qui retourne. Sauf que la cathédrale se transforme en navire, et le navire fait un voyage, ce grand voyage transatlantique que fait Jacques avec Maddly Bamy et sa fille France. Il y a dans la chanson ce grand image de la cathédrale, monstre de pierre, , qu'on doit traîner jusque dans la mer... le 'montagne' du plat pays se transforme en 'navire'. Le paysage est devenu voyage, et le rêve a trouvé son éternité.