Brel et Bobbejaan

Affiche Jacques Brel en Bobbejaan Schoepen

J'étais étonné de trouver cette affiche pour une série de concerts début 1955, à l'Ancienne Belgique, cœur de Bruxelles. Jacques Brel en duo avec Bobby Jaan, que nous (les flamands) connaissons mieux comme Bobbejaan Schoepen. Deux noms qui ont survécu dans notre mémoire collective. Si on le demande maintenant, je crois que la plupart vont dire que Jacques Brel a vraiment contribué à la culture, alors que Schoepen, c'est l'amusement.  En 1955, il y a un autre ordre. C'est Brel qui est l'avant-programme et Bobby Jaan qui est le grand acte.

Pour mieux comprendre un artiste, pour mieux saisir où est son originalité, on peut le comparer à d'autres artistes de sa génération. Et voilà, faisons une petite comparaison avec Bobbejaan Schoepen, de quatre ans l'aîné de Brel. J'ai sélectionné deux chansons de Bobbejaan Schoepen: 'Ik zie zo geire mijn duivenkot' et 'zie ik de lichtjes van de schelde'. Deux chansons que chaque flamand peut chanter. Imaginez-Vous un café plein d'ambiance et tout le monde qui le chante. Je Vous invite à en écouter au moins une.

C'est en néerlandais, donc je vais Vous aider avec les textes. Mais comparez déjà l'intensité de la voix. Et puis pour les textes. 'Ik zie zo geire mijn duivenkot', 'j'aime tant mon pigeonnier'. Eh... ben... il s'agit d'un homme qui aime... son pigeonnier... et qui le garde comme son château. Ce n'est pas si étrange: il y a (certainement à cette époque) pas mal de personnes qui 'jouent au pigeons'). Bordeaux est même un point de départ assez connu pour les pigeons :-)) Le 'clou' de la chanson c'est que l'homme qui chante va se marier à la fille de son voisin et promet de la garder comme le pigeon mâle garde sa femelle. Sujet banal (mais parfois de grandes chansons ont un sujet banal), mais surtout linéarité absolue dans le texte... et conformité absolue dans le message (l'homme qui 'garde' sa femme).

Puis 'zie ik de lichtjes van de Schelde', 'si je vois les lumières de l'Escaut'... un marin qui retourne à la maison après un long voyage... Donc le genre 'heimat' et le genre 'marin' se croisent, deux genres dont que l'on va retrouver chez Brel. Pour les flamands, la chanson de pigeonnier nous fait rire, mais les 'lumières de l'escaut' fait pleurer (pas moi, mais beaucoup). Donc, c'est bien. Et la version ici, est magnifique... l'artiste a presque 80 ans et il chante 'à son niveau'. Mais de nouveau : linéarité absolue et conformité absolue, ici accompagnée du cliché d'un possible dernier voyage.

On dit de Brel qu'à cette époque-là il est encore dans sa période 'naïve'. Et si on compare ses textes de début 1950 avec ce qui va suivre, c'est vrai. Je prend une des chansons de cette période encore. Oui, il y a la référence à Dieu, qui fait que Brassens l’appelle 'abbé Brel'. Et oui, il n'y a pas encore la profondeur qui nous attend bientôt. Mais les deux premières lignes : 'Sur la place chauffée au soleil, une fille s'est mise à danser'... Une image cent fois plus forte que Bobbejaan Schoepen cum sui n'ai jamais utilisé. Mais le moins que l'on puisse dire que c'est la presse belge a pour la première fois remarqué Brel comme un grand talent.



Je fini avec une photo de valeur iconographique : les deux artistes avec une bouteille de Martini. On est dans les années cinquante. Le Martini c'est à la mode. On y revient.Jacques Brel en Bobbejaan Schoepen danken sponsor Martini

Stefan lit Brel

Sur la place